Pourquoi les marchés, c’est (presque) fini.
J’ai démarré le projet de ma savonnerie à Bruxelles, en 2018. À saponifier à foison, et à imaginer que tout ce qui me passait par la tête fonctionnerait forcément. Lorsque j’ai eu un début de gamme, j’ai testé une brocante. Ce n’est clairement pas le meilleur moyen de vendre du savon frais à des gens venus négocier un bibelot à 1€, mais passons : ma première expérience « marché de savons » était là.
Pour l’anecdote (et pour le clin d’œil), j’adorais déjà faire des marchés enfant et ado. Je fabriquais des objets, je cuisinais des cookies la veille, et je proposais le tout pour la période de Noël, à Caumont-sur-Durance, mon village natal.


Revenons à Snoap et à son parcours. C’est en déménageant dans la campagne namuroise que le projet a vraiment commencé à s’étoffer. Les premiers marchés se sont faits via Froidefontaine, où j’ai d’ailleurs rencontré Cécile, de la Ferme du Haya — le marché fermier que je fais avec plaisir depuis 2020. On y reviendra.


Bref, des marchés, j’en ai fait plus d’une centaine, je pense. Artisanaux, alimentaires, nocturnes, de Noël, fermiers, et même quelques festivals. J’ai connu de super flops, franchement frustrants, et d’autres « corrects » en comparaison. Mais jamais vraiment l’âge d’or.
Pourtant, malgré ce paquet d’expériences plutôt foireuses, je m’accrochais. Je ne voulais pas jouer la carte de la visibilité à tout prix : les gens oublient vite, à moins d’avoir un marketing de folie et une présence hyper synchronisée sur toute la Wallonie, portée par une équipe d’enfer. Je n’ai jamais eu cette énergie-là, ni ce budget, pour déployer mon image. Ce qui m’a fait tenir, c’est autre chose : quand ça fonctionnait, c’était l’intérêt porté par les gens. Les discussions. Avec ou sans achat à la fin de l’échange.
Le dernier marché que j’ai fait a fini de pomper mes dernières réserves d’énergie. Aucun intérêt de la part des visiteurs, et un flop absolu en termes de bénéfices — pas le premier, mais celui de trop.


En réalité, ma décision s’est prise petit à petit, au fil des expériences. Les marchés de Noël ont perdu de leur superbe (trop nombreux, partout, tout le temps), et à chaque fois je me disais : « bon, je continue, mais je ne fais plus que les marchés près de chez moi, et/ou avec les copines. » À quelques exceptions près.
Aujourd’hui, d’un commun accord avec mon compagnon — qui espère, à chacun de mes retours, entendre que le marché s’est bien passé — je décide d’arrêter l’hémorragie : mon temps, mon énergie, ma marchandise (qui s’abîme, sans qu’on y prête attention, à force d’être trimballée). J’ai plus d’anecdotes de marchés que de marchés eux-mêmes. J’en chéris certaines, et je lève les yeux au ciel pour d’autres. Mais j’ai adoré ces expériences.
Je n’arrête pas à 100%. Je continue le marché du Haya, mon moment préféré, avec Séverine, la tisanière de Feuilles d’Herbe, et Cécile et Jean-François, les propriétaires de la ferme. Peut-être une prochaine porte ouverte pour des ateliers, et un marché par-ci par-là, si l’envie est vraiment là. Pour le reste, j’arrête cette mascarade. Et quel soulagement.
