Mes choix de fabrication

Les débuts

J’ai réellement démarré seule la saponification en février 2018, après avoir participé à quelques ateliers entre ami-es en 2016.
Les possibilités étaient multiples, tellement de combinaisons de couleurs, de parfums, de formes s’offraient à moi, j’en faisais des insomnies.
Pourtant, j’ai rapidement pris connaissance de la réglementation cosmétique, obligatoire lorsque l’on met des produits sur le marché européen (je vous invite à lire mon article sur le sujet). Les multiples possibilités se sont sensiblement amoindries ; j’allais proposer des produits à mettre sur la peau, il s’agissait donc de ne pas jouer à la petite sorcière.

Les huiles essentielles et les parfums

Je me suis formée en aromathérapie en 2018, dont je suis sortie diplômée.
Quand nous cherchons à faire un savon fait-main dit naturel, nous pensons aux huiles essentielles pour parfumer, car ce sont des plantes après tout, mais est-ce pour autant inoffensif ?
J’ai donc démarré mes premières saponifications avec les huiles essentielles, comme il est d’ailleurs très souvent conseillé dans les livres de fabrication ou en atelier.
Je me rendais cependant compte que j’étais rapidement restreinte, selon l’huile essentielle utilisée ; allergisante, dermocaustiques, irritantes selon le dosage etc.
Ce qui a définitivement porté mon choix : je ne me démarquais simplement pas de l’offre déjà présente.

Il m’aura fallu près de deux ans de réflexion et de tests pour prendre cette décision ; je n’utiliserai plus d’huiles essentielles dans mes produits. 
C’est en faisant mes petites recherches (alliant documentations et expérimentations) que j’ai décidé de travailler avec des fragrances (ou parfums) destinées à la cosmétique.
Celles avec lesquelles je compose mes produits cosmétiques sont fabriquées en France, sont documentées et mises à jour régulièrement, et donc en adéquation avec les lois en vigueur européennes.
Certaines fragrances que j’utilise ne contiennent pas d’allergènes, et surtout, leur teneur dans le produit est quasi anecdotique car chaque savon en contient entre 0,60 et 0,90%.
Seul « hic » (concernant le marketing surtout), ces parfums sont qualifiés de synthétiques. Si nous jouons alors sur les mots, mes savons sont à 99% composés d’ingrédients d’origine naturelle, le reste étant synthétique.
C’est un parti pris que j’ai décidé d’assumer en 2020, lorsque je me suis officiellement lancée.
Pourquoi ?
Les huiles essentielles, à mon sens, doivent garder leur vertu thérapeutique, et surtout leur ponctualité quant à leur usage. Ce sont des produits précieux, qui viennent parfois de loin, qui souvent nécessitent des kilos de matières pour très peu d’huile produite (l’huile essentielle de rose en est un excellent exemple).
Cela peut être considéré comme un gaspillage de ressources, puisque le rendu olfactif final via la saponification est amoindri. Pour moi, la fragrance remplissait alors son rôle : plus de choix dans les senteurs,  mieux contrôlée (documentée et donc traçable), et fabrication centralisée en France.

Le label bio

Cela a été une grande question concernant mon positionnement. Les premières interactions que j’avais avec mes clients concernaient cela ; mes savons sont-ils bio ?
La réponse est non.
Pour ce faire, il me faudrait établir un dossier spécifique pour une demande de label. Cela est bien entendu très strict, c’est ce que l’on appelle un cahier des charges. 
Utilisant des parfums synthétiques, par exemple, je ne peux prétendre au label. De même pour le « slow cosmetique », que j’aurais bien voulu obtenir.
Mais qu’est-ce que cela veut dire en réalité ?
Le cahier des charges en bio d’un pays producteur est-il le même qu’un autre ? La tolérance de la présence des pesticides est-elle la même pour tout le monde ? Visiblement pas, et pour moi cela ne fait pas grand sens.
Tant pis, je présente mes valeurs autrement : la majorité des matières premières que j’utilise est issue de l’agriculture biologique, je travaille au maximum en direct avec les producteurs, j’essaie d’utiliser des matières premières européennes, et surtout, je communique du mieux que je peux en toute transparence.
C’est à ce jour le cas pour le beurre de karité, le chanvre, le colza et la caméline, l’avoine, le miel. Le but étant, au fil des ans, de trouver un maximum de petits producteurs en direct.

Test sur les animaux

L’expérimentation animale portant sur les produits cosmétiques est interdite par la réglementation européenne. Par conséquent, l’allégation « non testé sur les animaux » est abusive et ne doit pas figurer sur ces produits (source : economie.gouv.fr)
Pour l’anecdote, je me souviens avoir cherché en 2020 un fournisseur de tensioactif SCI (utilisé pour mes shampoings, actuellement en liquidation pour une nouvelle formulation car cela aussi, fait partie de mes nouveaux choix en adéquation avec mes valeurs) : celui-ci faisait pourtant l’apogée du bio et des « bonnes valeurs », quelle ne fût pas surprise de constater sur l’un des documents reprenait la mention du test sur les animaux (production de la matière hors Europe).
Tous bons fournisseurs de matières pour la cosmétiques devraient être en mesure de fournir les documents correspondants (fiche technique, de sécurité). C’est alors que les labels, les mots-clés, sont devenus malheureusement source de méfiance pour moi : c’est aussi notre travail, fabricant et producteur, d’être intransigeant sur la qualité des matières et quelles conséquences celles-ci ont en amont (considérer aussi la pollution de la fabrication de cette matière, avant pendant après), car nous avons de plus en plus de recul et la réglementation européenne, qui peut parfois avoir ses faiblesses, est aussi là pour cadrer et contrôle la sécurité de l’usager, du fabrication, du producteur, au sens large du terme.
Il ne suffit plus de faire confiance en la description simple d’un produit (du moins sur des sites que l’on connait moins) mais d’aller plus loin dans la recherche : la provenance, la production de cette matière, toutes ces informations doivent être connues de la personne qui achète et manipule cette matière, d’où l’importance d’avoir accès aux documents nommés plus haut.
J’ai écrit un article spécifique sur les tests sur les animaux en cosmétique.

Et donc…?

Je découvre encore, je m’améliore. Je continue de me renseigner, de faire attention. Parfois je me voile la face et j’ai très envie de faire confiance à 200% en ce que je lis sur internet sur telle ou telle matière, et je me dis « je fais au mieux, y’a pas de raison ». Pourtant nous vivons dans un monde où l’on manque parfois de recul, parfois de connaissances. Tout cela ne s’improvise pas, le temps de documentation est primordial dans le travail de fabricant de cosmétiques. Six ans que je fabrique du savon, et 6 ans que je tente d’être toujours un peu plus proche de mes valeurs, et j’espère, des vôtres. La transparence et la cohérence sont mes deux mots-clés.

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